Mendel Art Gallery

» English

Musée Virtuel Canada Virtual Museum Canada
QU'APPELLE le Passé le Présent l'Avenir  
Histoires de deux vallées Contes du San Les jeunes gens de la Vallée Circuit virtuel Edward Poitras Histoires de deux vallées
Histoires
 
de deux Vallées
''
''

Qui Appelle? La Quête de Qu’Appelle

 

—Robert Stacey

Et in Arcadia ego”—inscription d’une toile de Guercino (1590–1666) (Même en Arcadie, me voilà)

Et in Arcadia Ego—le titre d’une toile de la Qu’Appelle—Dorothy Knowles (1983)

 

“Tout le monde a une place spirituelle sur la terre. La mienne c’est la Vallée Qu’Appelle.”

—Illingworth Kerr

La Qu’Appelle nous prend toujours par surprise. Les paysages intéressants, ceux qui nous appellent, que nous sommes prêts à écouter ou non, ont tendance à faire ça. C’est surtout vrai des paysages Arcadiens, ceux avec des échos et des réflections.

Par son toponyme même, la Qu’Appelle pose sur la carte une question de recherche, et par extension, celle si fameusement posée par Northrop Frye: “Où se trouve ici?” Derrière lequel le nom résonne: “Qui” Qui appelle? Qui est là? Ici c’est où, la Qu’Appelle répond, si vous écoutez bien. Mystérieusement, et de façon exaspérante, elle retient l’autre, l’idée du qui?. En approchant cet énigme géographique, nous assumons le rôle de quêteur: c’est nous qui devons chercher et trouver.

Peut-être vous voyagez du côté sud ou du nord. Peut-être vous voyagez les routes qui relient Régina, la capitale de la Saskatchewan, à de petites villes et villages de la Vallée tels que Regina Beach, Lumsden, Craven, Fort Qu’Appelle, Lebret, Katepwa Beach, et Tantallon. Quoique soit votre route, la première fois que vous voyez la Vallée, cette déclivité imprévue- de lisse pénéplaine faune à ravine serpentine brune-verte avec des lacs scintillants et un cours d’eau serpentant à travers -est aussi inattendue qu’elle est un soulagement visuel et climatique.

Ce n’est pas que l’ancien fond d’océan qui encercle cette rivière glacière sculptée manque de variété: sa réputation de manque d’intérêt se trouve dans le regard blasé de quelques-uns, ou peut-être elle lui ment, parce qu’en réalité géographique et culturelle, les prairies à courtes et longues herbes sont aussi variées que l’observateur puisse remarquer. Mais quoique les étendues traversées par la route toute droite du Trans-Canada et de son ancêtre le chemin de fer soient sans tambour ni trompette, la Qu’Appelle c’est une autre histoire célébrée dans l’art et le vers comme demi-paradis au milieu de la sécheresse et de blé-rouillé, des dettes de fermes et de l’isolement de l’Ouest, mais pourtant largement inconnue même dans l’enceinte de sa province native.

Comme toute vallée digne de ce nom, cette Vallée est cachée dans plusieurs sens. En plus, contrairement aux grandes plaines étendues dans toutes les directions, la Qu’Appelle est une caisse de résonance: elle retentit. Elle résonne. Qu’Appelle: kâ-têpwêwi-sîpit.”Qui appelle? Rivière qui appelle.” Les noms Métis et Cris ricochent l’un sur l’autre comme des voix qui rebondissent des plis de côtes, frissonant à travers et au-dessus des eaux éclairées par la lune. Des cris et des chuchotements carolés d’un canoe d’amant perdu ou d’un hurlement de plongeon fou. Écho: ergo, l’été. Pauline Johnson, appelles-nous!

De même que Trevor Herriot et Dan Ring se sont aventurés dans le térritoire autobiographique à l’introduction de ce livre, je me sens autorisé de dire comment moi, historien d’art canadien-centrale sans qualifications authentiques sur l’Ouest, puisse miser sur ce terrain “suspect”. Pendant des décennies avant d’avoir jamais mis les yeux sur la Qu’Appelle-au début, via la Route 10 de Régina à Balgonie, ensuite descendant Route 20 de Saskatoon- au début des années 1980, j’étais tout à fait ignorant de cette place et de son histoire, malgré avoir passé mon adolescence en pleine vue d’elle, lorsqu’elle lançait des regards noirs au-dessus de mes épaules nonchelantes d’adolescent. Je le raconterais comme ça s’est passé, chronologiquement, d’après mon propre témoin, au lieu de factoides de seconde main de qui, quoi et quand, d’où et pourquoi.

Locus solus: une maison quelconque dans un banlieue de Toronto où était suspendu sur le mur terne du salon une large toile foncée représentant la tempête de prairie, Prairie Storm. Le locale de cette orage prochaine ne tenait aucune importance pour moi avant la mi-1970. L’artiste était mon grand-père, le paysagiste et illustrateur historique anglais-canadien, C.W.Jefferys (1869-1951), qui, ce dont je vais illustré plus tard, peut se voir attribuer le mérite d’être le premier peintre-poête de la Qu’Appelle (sans que je le sache à cette époque).

J’ai une confession penaude à faire ici. Ma mère a hérité la peinture comme partie des biens de son père, divisés parmi quatre soeurs en tirant au sort dans l’atelier de Jefferys derrière sa maison du 19ième siècle située sur la rue Yonge au nord de Toronto. Peggy n’était pas contente de son sort ce jour là, espérant avoir prit une oeuvre plus brillante, représentant la Vallée Battle River de l’ouest de la Saskatchewan.

Mon premier souvenir de ce prix de consolation est une épisode honteuse: ma soeur, Callie, et moi nous en servions de cible pour lancer des piquets de tomates. Je me souviens toujours du son de ‘pan’ lorsque les lances aiguisées déchiraient l’étoffe de lin tachée de moisi. Que savions-nous? C’était seulement une vieille, peinture affreuse. En rédemption, Cal a sauvé le rouleau de peinture craquelé du sous-sol froid et humide et elle a payé pour sa restoration par l’estimable June Bramall, de Oakville, Ontario. Le “projet Jefferys” a été un des plus formidables défi que ce conservateur d’art a eu à confronter.1 La récuperation par ma soeur de cette oeuvre perdue est comparable à ma propre redécouverte de mon grand-père et de sa randonnée à la Qu’Appelle-l’inspiration pour cette toile nettoyée.

J’ai découvert le thème actuel de cette toile-seulement après avoir été chargé d’organiser une retrospective de Jefferys pour la galerie Agnes Etherington Art Centre, sur le campus de Kingston Ontario, à l’Université de Queens (d’où l’artiste avait reçu un doctorat en droit pour ses services rendus à l’art et à l’histoire, le premier tel honneur accordé à un peintre vivant par une institution d’apprentissage avançée). Durant le cour de mes recherches pour cette exposition, qui ouvrit en novembre 1976, j’ai voyagé à Ottawa à la Galerie Nationale du Canada afin d’examiner un autre paysage de l’Ouest de Jefferys, qui était en entreposage à Western Sunlight. Cette oeuvre avait été reproduite dans l’oeuvre innovée History of Canadian Art de J. Russell Harper, publiée avant le centennaire du Canada en 1966, et avait aussi été inclue par Dennis Reid dans l’exposition The Canadian Landscape in Art organisée par la GNC, montrée à Peking et Shanghai, la première exposition de peintures du vingtième siècle de l’Ouest a être montée en Chine depuis la révolution communiste de 1949.

Encore une fois, comme Harper lui-même, et sans doute la plupart de ses lecteurs, je n’étais pas au courant du cadre spécifique de cette oeuvre. En fouillant des ressources tels que le record de l’exposition, les fiches curatoriales de la Galerie Nationale du Canada et de la Galerie d’Art de l’Ontario, des critiques publiées et des informations biographiques (plus particulièrement, le monographe sur l’artiste de William Colgate publié par Ryerson Press en 1945), ainsi que les journals et les écrits de Jefferys(ceux-ci étaient dans les bons soins de ma mère, et ensuite les propriétés Jefferys en ont fait un don à la bibliothèque de la Galerie d’Art d’Ontario), j’ai pu identifier le local de la peinture dans le sud-central de la Saskatchewan. Malgré tout, les quelques toiles de l’Ouest et huiles-sur-panneaux que j’ai pu rassembler pour l’exposition ne ressemblaient pas aux steppes plats et monotones que j’avais traversés avec mes parents en voiture l’été de 1974. Où donc pourrais-je trouver l’endroit aux courbes ondulantes et sensuelles célébrées par mon grand-père? Mon ignorance de la peinture de la Saskatchewan, et de l’art du Canada de l’ouest en général, m’empéchait de placer ces oeuvres dans un contexte plus varié représantant cette province qu’on dit est située dans le Reste du Canada qui est géographiquement éprouvé.

Ma curiosité piquée par la réception positive à l’exposition Jefferys de 1976, et en particulier à la réaction favorable aux peintures de prairies qui étaient jusqu’à date ni vues ni connues, j’ai fait une demande pour une subvention de recherche(réussie)à la Société Géographique du Canada, proposant de visiter pendant deux semaines les sites de peinture et de dessin de Jefferys dans le sud de l’Alberta et de la Saskatchewan. J’ai loué une voiture à Calgary et avec ma compagne Maggie (éditrice, conductrice et camarade) nous nous sommes dirigés vers l’est. Nous avons commencer en recherchant les objectifs de la grande excursion de Jefferys en 1924 (à la recherche des ranchs de bétails et du pays de Indiens des contreforts près de Morley sur la rivière Bow au nord-ouest de Calgary; à faire des esquisses de bisons à Wainwright; et à faire une tournée des sites importants de batailles de la Rébellion du Nord-Ouest de Louis Riel en 1885, la veille même du 50ième anniversaire du soulèvement). Ce pélérinage de motel itinérant m’a ouvert les yeux à des terrains différents de ce que j’avais vu durant les voyages du Trans-Canada dix ans plus tôt. Ce que je n’avais pas compris avant d’avoir vu les sinueuses déclivités et les grands pâturages désertifiés de la rivière Bow au sud-est de Calgary, c’est que le paysage est une sculpture vivante, taillé et moulé par les rivières et les ruisseaux et par les glaciers qui ont creusé leurs courses. J’ai reconnu l’endroit d’après les photos et les esquisses des archives de Jefferys, mais ceux-çi ne m’avaient pas préparé pour cette perspective expansive ou pour la subtilité de palette de ce que j’apprendrais plus tard était le Triangle Palliser desséché.

Excités par la beauté sombre de la Bow, nous avons décidé de faire une excursion au nord vers une encore plus fameuse attraction touristique, que Jefferys avait manqué de voir: la vallée de la rivière Red Deer à Drumheller. Ici aussi, nous avons été pris en surprise comme nous le serions de sitôt lorsque nous avons piqué le bord de la Qu’Appelle. Après des miles et des miles de route à deux voies tout droit et plat comme le dessus d’une table, une descente à pique dans un autre monde- cette fois, l’ossuaire surréalistique des badlands. À l’est, du côté de la frontière de Saskatchewan-Alberta, s’étandait notre prochaine destination: la plus vaste et verdoyante vallée de Battle River, sujet de la toile de 1930 (fondé sur une aquerelle de 1924) que ma mère avait espéré avoir tiré au sort. Ses variances de forme, de teinte et de végétation avec les vallées noueuses pleine de ravins de la Bow et la Red Deer illustrent une autre lesson en variation topographique. Un ruisseau en lacet se faufillant au fond de la ravine luxuriante étandue dans un arc vaste, comme si le haut plateau désseché s’était ouvert pour embrasser le jardin d’èden plus bas.

La vallée Battle, comme ça s’est avéré, a été une bonne introduction à notre prochaine destination, la Vallée Qu’Appelle. Encore une fois, comme avec la Bow et Red Deer, il n’y a rien qui prépare pour la transition brusque lorsque la route s'écarte et descend à pique vers la plaine dessous la plaine. Cette introduction au paradis terrestre qui avait inspirée les premières toiles importantes de mon grand-père, il y avait sept décennies, me reste en mémoire non seulement de géographie mais de sa connaissance. (Je n’oublis pas quand Maggie a pompé impetueusement la pédale en descendant un petit chemin qui se révéla être une impasse de clôture à bétail, des chiens de meute hurlant à nos pneus avec un groupe de cowboys de Robert Altman mise à la retraite qui nous lorgnaient en plissant les yeux, crachant du tabac, et se secouant la tête d’un air dégouté: touristes! Ils ont rappellé les chiens, et nous nous sommes échappés dans la Vallée). Notre prochaine nuit, si je me souviens bien, fut passée dans un vieil motel miteux à Regina Beach, un lieu de vacance d’été préféré de la capitale de la Saskatchewan, au bout du lac Last Mountain. Il y avait une mauvaise bande de country rock qui nous a tenu éveillé jusqu’au petit matin, mais c’était un plaisir d’être sur la route et avoir envie de nouvelles aventures. Des années plus tard, une scène de plage de James Henderson me ranimerais des souvenirs de plaisirs inoubliés de cette journée ensoleillée.

Malgré que ma maîtrise du sujet était déplorablement incomplète, ce paysage ouvert encastré dans un paysage m’a convaincu, à ce moment là, de recuiellir toutes mes conclusions et mes photographes et de proposer une exposition à la galerie Mendel de Saskatoon- ce qui me semblait être la place évidente pour un tel projet, malgré le fait que la Vallée se trouve plus près de la Mackenzie Art Gallery à Régina. Aucune galerie possédait une seule oeuvre par ce peintre-dessinateur pionnier des prairies canadiennes.

Dès mon retour à Toronto, j’ai envoyé une lettre exploratoire au nouveau directeur de la Mendel, Allan Harding MacKay, ce qui a mené à une invitation de visiter la ville, pour montrer des diapositives, et de sortir mon histoire. Cette fois çi, pour causes de recherches, j’ai élu de prendre l’avion à Winnipeg-lieu de naissance de ma grand-mère, Clara Jefferys, née West, qui s’était mariée avec l’artiste en 1906. Ensuite j’ai pris le train pour Saskatoon, comme l’avait fait mon grand-père- cependant, via la route plus au nord avec le Canadian Northern Railway- pendant sa première visite en 1910, sur l’ordre de son employeur, le Courier Canadien, un journal illustré pour lequel il couvrait la dernière campagne électorale de Wilfrid Laurier.

(2/7) »

''
'' '' ''