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Vers la Qu’Appelle

 

—Trevor Herriot

À un demi-mille de notre chalet dans la vallée il y a un affluent de ravine où j’aime me promener tôt dans la journée. Le ruisseau au fond de la ravine est sec pour la plupart de l’été mais l’inondation annuelle en avril continue à renouveler la plaine inondable. Lorsque je me tient debout au bord de la ravine à un certain endroit je peux voir à plusieurs milles en amont d’ici où les collines cotonneuses et vertes de peupliers, de frênes, et de buissons de saskatoons se recouvrent partiellement de motifs en alternance, une derrière l’autre. C’est une forme plutôt ordinaire dans le pays de la Qu’Appelle, mais n’importe quand je la regarde, je ressens un désir de participer dans la sculpture, de toucher la terre dans ses changements millénaires.

Le premier Artiste l’a bien façonnée, de la seule façon, avec le temps et les glaciers. Prenez un ancien canal d’eaux de fontes, beaucoup plus large et profond que la vallée d’aujourd’hui, et remplissez-le de plusieurs étapes de gravier et de sable. Placez-le parfaitement devant un glacier, augmentez la température et regardez l’écoulement faire le travail. Ceçi fait, ceux d’entres nous qui ont le désir de se joindre à cette création doivent maintenant se débrouiller avec des crayons et du papier, des brosses et de la toile.

Depuis toujours, les gens ont répondu à la Vallée Qu’Appelle et ses reliefs en créant des choses. Le processus de recevoir cette terre et ensuite de la récréer de nouveau en histoires et en art fût interpreté au début par les peuples qui faisaient leur chemin à coté des bisons qui migraient à travers la vallée. Ainsi la vallée marquait ce qu’ils produisaient parce qu’elle croisait leurs routes saisonnières lorsqu’ils se déplaçaient de camp à camp.

La Qu’Appelle s’étale à travers 260 milles du côté nord-ouest des grandes plaines de l’Amérique du Nord, son partage des eaux écoulant les 20,000 milles carrés de prairie entre le partage d’eaux à l’ouest de la Rivière Sud de la Saskatchewan et le partage d’eaux à l’est de la Rivière Assiniboine. Le premier partage d’eaux de la Qu’Appelle reste sous le bras à l’est d’un grand réservoir créé losqu’on a construit un barrage en 1960 sur la Rivière du Sud de la Saskatchewan au sud centrale de la Saskatchewan. Aujourd’hui, la Rivière Qu’Appelle a ses origines un peu plus à l’est du tournant de la rivière, qui a toujours été appellé le coude de la Saskatchewan du Sud. De là, elle serpente vers l’est, rivière tranquille de prairie, s’élargissant ici et là formant de longs lacs qui remplissent les vallées de prairies d’un côté à l’autre. À mi-chemin de sa traverse du sud-est de la Saskatchewan, lac Last Mountain, le lac le plus large de la région, traverse la vallée du nord en rejoignant la Qu’Appelle près du village de Craven. La Vallée continue vers l’est, devenant de plus en plus profonde et boisée jusqu’à la frontière du Manitoba où elle se déverse finalement dans l’Assiniboine qui est à destination des fourches à Winnipeg. Si vous voyagez quelque distance dans aucune direction au large de la route du Trans-Canada de cette région, vous y trouverez les paysages en contre-bats de la Qu’Appelle. Que vous avancez vite ou lentement à travers les hautes terres plates, chaque fois que vous rencontrez une partie de l’empreinte vaste de la Qu’Appelle sur la pénéplaine, le changement de la surface de terre est surprenant. La terre disparaît dessous les pieds, la géométrie se courbe, et les formes verticales recouvrent soudainement l’horizontal. Vous savez, sans même le voir, qu’il y a de l’eau là-bas.

L’eau courante a été et reste toujours l’outil primaire du Paysagiste dans ce pays. Sa montée, sa course et sa descente ont fabriqué cette place. Durant la retraite du glacier Wisconsinan, des grands déluges d’eaux de fontes ont creusé et gravé une tranchée profonde et irrégulière. Depuis ce temps, les fontes de neige et l’écoulement de 12,000 saisons ont travaillé les contours, arrondissant les saillies, remplissant les tranchées et les effondrements de petites collines le long des lignes de failles et là où les petites sources coulent sous terre. C’est un pays antédiluvien ici. Le déluge vient de s’éloigner et les terres sont jeunes, leur parentage tracé aux évènements de la Pleistocene, encore récents dans la courte mémoire de la terre.

Le déluge vit aussi dans la mémoire humaine. Un ancien Cri qui habite Piapot, la première réserve lorsqu’on voyage en aval de la vallée, m’a raconté que l’une des histoires racontées à son père était celle d’un grand torrent de rivière qui coupait à travers les plaines, creusant la Qu’Appelle il y a longtemps.

Maintenant que les courses d’eaux ne sont que de minces filets d’eau, avec un déluge occasionel de printemps qui nous fait penser aux anciens jours de fontes d’eaux glaciaires, la terre parraît large et serène. Ses douces formes-les collines ondulantes, les effondrements de terraces, les méandres de formes arquées de la rivière, les murs allongés de chaque ravine-prennent la sensualité de corps au repos. Tenez-vous debout et regardez le long du bord de la vallée et vous verrez des contours voluptés d’une étendue monumentale. Ici une colonne vertébrale, là une hanche, un genou-les formes de personnes qui prennent des bains de soleil sur une plage éloignée dans la distance. Il n’y a rien dans la vallée qui se tend ou tourne brusquement; tout ce qu’on voit courbe et cède aux forces implacables ralenties de la gravité et de l’eau.

Aujourd’hui dans le paysage découpé en terres quadrilinéaires, les courbes nous donnent un paysage moins sévère. La face de la vallée nous plaît et nous parlons de “la belle Qu’Appelle” ou “la Qu’Appelle pittoresque”, dans nos brochures touristiques, avec les agences immobilières, et les promoteurs de terrains de golf. Les écologistes et les géographes utilisent différents termes. Ils disent que la vallée est une relicte d’herbes variées de prairie dans l’ouest, et un parc de trembles dans l’est. L’herbe est variée parce que son assemblage d’espèces se trouve entre les herbes hautes au sud et à l’est, et les herbes courtes au sud et à l’ouest. Les parcs de trembles, nominallement une savanne d’herbes de prairies et de taillis de trembles (on les appelle des bosquets), c’est ce que prodruit ce coin du continent alors que le cycle de feu-précipitation-évaporation favorise la pousse des arbres. Mais ceux-çi sont des catégories écologiques pour ce que la Création fournit et ne sont pas très communes aujourd’hui dans notre campagne altérée. Des termes plus justes pour décrire la terre autour de la vallée seraient peut-être “terre de fourrage de bétail” ou encore, “terre de récolte de céréal-canola-légume”. Cependant dans la vallée et ses maintes affluents, les noms écologiques s’appliquent toujours parce que les collines sont trop à pics et rocheuses pour être cultivées.

Alors, la Qu’Appelle et ses ruisseaux servent de dernier rempart de prairie et parc non-cultivés sur le côté nord-est de la Grande Plaine. La vallée et ses effluents ne sont pas aussi diverses, cependant ils sont beaucoup plus boisés qu’ils ne l’étaient durant l’âge d’or Holocène des prairies, lorsque les visitations de feux et de bisons maintenaient une variété d’herbes écotones à travers les plaines du nord. Néanmoins, les diverses sortes d’herbes retiennent les collines d’aujourd’hui d’une façon approximative à l’ancienne prairie. L’histoire de comment la vallée est devenue un corridor restant de prairie et de parc engloutit dans une mer de terres cultivées, c’est l’histoire de paysages colonisés à travers le monde: l’indigène et le local subsumés sous le coloniale et le global.

J’estime que la vallée Qu’Appelle a passé à travers une succession de trois phases culturelles. Aussitôt que la terre est devenue habitable après la retraite des glaciers, il y eu des habitants ici. Pendant des milliers d’années, les cultures apparaissaient et disparaissaient, faisant la chasse, voyageant et faisant du commerce largement en petites bandes. L’histoire de cette première phase existe dans la tradition orale des peuples des plaines, au-delà de la portée de l’archéologie et de compte-rendus.

La seconde phase débuta tranquillement avec l’arrivée du cheval et du fusil dans la dernière moitié du dix-huitième siècle. Le cheval arriva en premier, échangé vers le nord par les tribus des plaines du sud. Les fusils arrivèrent peu de temps après fournis par le commerce de fourrures au nord et à l’est. Les modèles indigènes de commerce, de style de guerre, et de migration commençèrent a changer, et les changements furent accellérés lorsque la Compagnie de la Baie d’Hudson et ses concurrents arrivèrent dans les coins à l’est de la vallée pour ramasser le pemmican pour les brigades de fourrure qui voyageaient les rivières du nord. Des groupes de Cris et de Saulteaux commencèrent a se déplacer des bois sur les grandes plaines du nord, supplantant les autres nations et éventuellement ils dominaient la région de la Qu’Appelle. Puisque les forts de pemmican (Fort St. John et Fort Espérance) avaient été établis au bas de la Vallée Qu’Appelle dans les années 1780, les premiers Métis vinrent s’établir dans cet endroit. Ces femmes et ces hommes de mélange d’héritage Indien et Européen (d’habitude Orkney, Ecossais ou Français), furent appellés les Hivernants ou les Bois Brulés. Ils vivaient dans ou près des forts, faisant la chasse de bison, préparant le pemmican, et en faisant circuler les marchandises.

Pendant cette même période, des maladies telles que la variole portée par les Européens, commençèrent à tuer des milliers d’indiens de plaines. Dans les années 1780, une première épidemie arriva dans le nord du basin de Missouri, effaçant des bandes complètes en traversant les plaines.1 Dans la Qu’Appelle, la nation des Assiniboines fût frappée la plus dûre et par les années 1830, fût réduite à une fraction de son étendue originale. Les os et les sites funéraires des victimes de maladies recouvraient le sol, ce qui est un fait important lorsqu’on raconte les histoires qui font allusion aux os. “Tas d’os”, la traduction anglaise du nom Cri pour les plaines de Régina et le ruisseau qui collecte ses eaux, est largement vue de nos jours comme réference à des grands tas d’os de bisons qui accueillaient les colons dans la région. Si nous reconnaissions qu’il y avait d’autres os qui ont décomposé dans ces ‘tas’, nous serions peut-être moins tendus d’utiliser ce nom avec insousiance dans nos campagnes de tourisme, dans nos parcs urbains et dans nos foires d’été.

Quelque part parmis les os des morts, les premiers noms de la Vallée Qu’Appelle reposent dans la paix que nos recherches ne peuvent jamais violer. Un relief de sol aussi dramatique et dominant que la Qu’Appelle aura certainement eu autant de noms qu’il y a eu de cultures qui ont traversé ses collines et ses ruisseaux dans les derniers 12,000 ans. Le premier compte-rendu historique de noms indigènes pour la vallée commence avec le premier commerçant à parler de ses voyages à la Qu’Appelle, un jeune homme de la Compagnie du Nord-Ouest appellé Daniel Williams Harmon. Plus tard dans l’hiver de 1804, ses hôtes, les Cris des plaines lui ont parlé à propos des voix de la vallée:

 

le 11 mars, Dimanche. Ca-ta-buy-se-ps ou la Rivière qui Appelle, appellé par les autochtones, qui imaginent qu’un esprit se promène toujours le long de la rivière, et ils entendent souvent sa voix, mais qu’elle resemble à une voix humaine.2

En dépit de sa notation maladroite des paroles des Cris et de son dédain de la mythologie des chasseurs indigènes, on peut apprécier la façon dont les premiers habitants de la vallée communiquaient avec leurs paysages, comme ils le faisaient avec la création entière. Ils savaient que toute la nature était douée de sensations, alors ils parlaient et écoutaient aux créatures, aux herbes, aux pierres, aux rivières et aux collines. Ce qu’ils racontaient au jeune Daniel c’était que la rivière et la vallée les appellait et leur parlait. Plus tard les explorateurs se sont fait raconter la même chose-c’est la vallée de la rivière qui appelle, ou c’est la rivière qui appelle, kâ-têpwêwi-sîpiy, en Cri.

Par le temps que les communautés Métis commençaient à se former dans la Vallée pendant les années 1800, kâ-têpwêwi-sîpiy avait acquis un nouveau nom d’après la langue des Hivernants. Ils commencèrent à appeller la rivière et la vallée “la Qu’Appelle”, une traduction juste du nom Cri. Ceçi était l’âge d’or de la culture Métis. Les bisons étaient en abondance, les relations avec les Cris et la Compagnie de la Baie d’Hudson étaient bonnes, et le gouvernement coloniale avec ses gendarmes, ses chemins de fer et ses colons était encore dans l’est loin de la Qu’Appelle. Durant l’été de 1816, on chantait de nouvelles chansons de statut national et un nouveau drapeau fût érigé dans la vallée. Les guerres de pemmican éaient à leurs combles et ce fût la première lutte pour les droits des Métis. Un Métis écossais, Cuthbert Grant, a mené une bande de chasseurs de bisons de la Vallée Qu’Appelle basse à l’est vers Brandon House et la Colonie Selkirk sur la Rivière Rouge. Ils ont froissé Peter Fidler au poste de la Baie d’Hudson à Brandon, en érigeant leur nouveau drapeau au-dessus des ramparts, ensuite ils se dirigèrent vers la Rivière Rouge afin d’escorter une livraison de pemmican devant la colonie de colons anglais, qui avaient déclaré que la course de bisons et le commerce de pemmican étaient illicites sur leurs terres. Un accrochage de cause incertaine éclata et avant qu’ils furent reraités à la Qu’Appelle, Grant et ses hommes avaient tué vingt-et-un colonistes y inclus leur chef Robert Semple.

Ce premier conflit entre la manière de faire des Métis et des colons, ce qu’on appelle la Bataille des Sept Chênes, aurait pu donner de l’assurance aux hommes des plaines pour quelque temps, mais deux générations et deux rébellions plus tard,(à la Rivière Rouge et Batoche) les bisons n’existaient plus, les Cris des plaines, les Saulteaux, et les Assiniboines avaient été placés sur les réserves, et le pays de Qu’Appelle avait été livré aux immigrants assoifés de terres, venant de l’Europe, de l’Amérique et de l’est du Canada.

Le plan de coloniser le Nord-Ouest débuta dans les années 1850, lorsque deux expéditions à part, venant de l’est sont arrivées à Qu’Appelle pour établir si les lignes de partages des eaux des plaines du nord valaient la peine d’être coloniser. Le capitaine John Palliser, chargé par une commission britannique parlementaire, arriva le premier, faisant sauter les bisons, les loups et les grizzlis lorsqu’il traversa vers l’ouest. Il conseilla contre le développement des coins secs de la région, ce qu’on appelle aujourd’hui “Palliser’s Triangle,” mais il recommanda qu’une “ceinture fertile” au nord et à l’est de cet endroit soit considérée pour le développement agricole.

Un ans plus tard, Henry Youle Hind, géologue de l’Université de Toronto, fût envoyé pour faire une étude topographique détaillée de la région. Hind et ses chargés ont recouvert le long et le large de la vallée, prenant des mesures et visitant les postes et les bandes indiennes le long de la rivière. Ensuite, il a fait des reportages à partir de données hydrologiques jusqu’à l’observation des Cris de plaines à la chasse de bisons dans la haute Qu’Appelle. Dans ces reportages Hind a dit au gouvernement que les indiens devraient être évangelisés le plus tôt possible et qu’ils devraient être persuadés à “ renoncer à leur style de vie vagabonde et de se résoudre.”3 Il faut lui attribué le mérite d’avoir reconnu que le contacte des peuples indigènes avec les européens avait été corrompu par le commerce, la maladie et l’alcool. Malheureusement, la solution qu’il proposait- de transformer chaque indien en agriculteur chrétien-venait toujours de l’esprit paternaliste du colonisateur. Lorsque le bison disparût vingt ans plus tard, les recommendations de Hind furent misent en place. Bande après bande, les peuples de la vallée ont pris le traité et démenagé sur les réserves, où les missionaires et les agents des indiens pouvaient leurs enseigner à harceler les pommes de terre et à chanter des hymnes.

Plus tard dans les années 1860,le nouveau gouvernement confédéré du Canada avait de plus en plus peur que la ‘Destiné Manifeste d’Amérique’ pourrait déborder la 49ième parallèle. Afin de prendre titre du Nord-Ouest et de le peupler, le pouvoir d’Ottawa a cru qu’il y avait trois choses à accomplir: 1. Obtenir le titre de la Compagnie de la Baie d’Hudson: 2. Faire un levé typographique pour l’implantation; et 3. Construire un chemin de fer afin de transporter les marchandises et les colons. En 1869 la Compagnie de la Baie d’Hudson s’est fait remboursée pour les terres du Nord-Ouest, nommées “Rupert’s Land,” vendant des centaines de milliers de milles carrés pour un montant négligeable de 300,000 livres sterling. Cette année, avant même que l’affaire soit signée, le “dominion Land Survey” a commençé à partager la campagne en section-carrées (160 acres) prêts pour la charrue. Cheminant vers l’ouest, la levé topographique éventuellement avait délimité plus de 178 million d’acres pour l’implantation et l’agriculture.

Lorsqu’ils ont su que la Compagnie de la Baie d’Hudson avait vendu Rupert’s Land, les bandes d’indiens de la Qu’Appelle se sont retrouvées dans une position bizarre d’avoir à réaffirmer les droits de terres auxquelles ils n’avaient jamais renoncer en premier lieu. Ils avaient vu les topographes du gouvernement prendre les dimensions et ils savaient que l’implantation suivrait en peu de temps. Au début des années 1870, les Cris ont envoyé mot au gouvernement Canadien réclamant les discussions de traité. N’ayant reçu aucune réponse,les bandes de Qu’Appelle ont commençé à barrer le travail des topographes, en forçant éventuellement Ottawa aux tables de négociations de traité.4 Pour le gouvernement coloniale, le traité attribué au pays de Qu’Appelle, le Traité Quatre, a éteint pour de bon le titre indien dans un document légal duquel les deux partis (la couronne et les premières nations) étaient d’accord, transférant le titre à la couronne. Mais pour les premiers peuples de la Qu’Appelle, le Traité Quatre a toujours été un accord fait devant le Créateur et sanctionné par le cérémonial de la pipe. En signant ils étaient d’accord de partager les récoltes de la terre avec la couronne britannique en échange pour des cadeaux, des provisions annuelles et d’autres avantages et privilèges présentés dans les termes du traité. Les treize nations de Cris et de Saulteaux qui sont venues à Fort Qu’Appelle en septembre 1874 afin de négocier un traité disent que la réciprocité et les provisions offertes par la couronne étaient claires et sans disputes. La question des droits précis des accordés à la couronne par les premières nations est moins claire. Les nations du Traité Quatre maintiennent que ces droits sont simplement “usufruit” et donc n’accordent pas la propriété. En dépit des questions de propriété, l’histoire du premier siècle sur les réserves indiennes du pays de la Qu’Appelle est une histoire de privation, d’abus, de trahison, et d’oppression.5 Durant les premières années du système des réserves, le gouvernement Canadien n’arrivait pas à se décider lequel était plus problèmatique: le succès surprenant de quelques agriculteurs indiens, ce qui provoquait les fermiers blancs de se plaindre que les fermiers indiens avaient des avantages dans le marché local, ou leur faillite de convaincre les peuples des réserves d’abandonner leurs traditions culturelles et spirituelles. La solution d’Ottawa fut d’établir la législation la plus répressive dans l’histoire du Canada. Des lois, restreignant le mouvement hors des réserves, interdissant les cérémonies religieuses, et établissant le système d’écoles résidentielles, furent rapidement mises en place sous une nouvelle Loi Indienne. Les premières nations de Qu’Appelle, comme les peuples indigènes dans tout le pays, furent condamnées à cent ans de vie difficile.

Les choses se sont mal passées pour les Métis et les Indiens sans statut de la région. Par les années 1870, ils reconnaissaient que les plans de colonisation les déposséderaient dans la terre de leurs ancêtres. Lorsque le gouvernement provisoire de Louis Riel le long de la Rivière Rouge s’effondrât, ceux d’entres les Métis qui avaient tendence à vivre par la chasse et plus éloignés de l’implantation des blancs, se sont sauvés vers l’ouest pour vivre au bord des rivières Qu’Appelle et Saskatchewan du sud. Subventionnés par quelques colons blancs ainsi que leurs alliés Cris des plaines, les Métis des Térritoires de la Saskatchewan ont commencé à envoyer des pétitions à Ottawa, demandant reconnaissance de leurs droits aux terres et à leur propre gouvernement. Sur la demande des Métis, Riel est revenu du Montana, remontant l’espoir et conduisant la campagne pour obtenir un meilleur accord pour les Métis et le peuple Indien du Nord-Ouest. Après une suite de déceptions et de revers, dans l’hiver de 1885, Riel a déclaré un gouvernement provisionel. Ensuite quelque temps avant la fête de Pâques la tension dans la région a atteint son paroxysme dans une tragédie à Frog Lake, lorsque plusieurs blancs sans armes ont été tués par des guerriers Cris de la bande menée par le légendaire Big Bear. Le gouvernement colonial, craintif d’une rébellion, a envoyé trois colonnes de l’armée, y inclus une qui arrêterait à Fort Qu’Appelle pour enrégistrer et entraîner les colons pendant plusieurs jours avant la grande marche vers le nord pour prendre le siège de Riel à Batoche. Quant aux Métis dans la Qu’Appelle, deux hommes furent saisis pour avoir prétendument envoyé des reserves à Batoche. Dans les semaines et les mois qui ont précédé les évenements à Batoche, les colons blancs étaient devenus inquiètes, craignant une éruption de leurs voisins Métis. Lorsque le général Middleton est arrivé avec ses troupes pour s’installer au fort, l’ensemble des habitants blancs ont pu respirer librement. Cependant, leurs craintes étaient sans fondement, car les Métis de la Qu’Appelle avaient eu des succès à obtenir l’oreille du gouvernement et ils croyaient naivement qu’ils recevraient le titre pour leurs terres, ainsi qu’une indemnisation pour les terres renoncées.

Après la défaite de Batoche, le peuple de race-mêlées, qui avait été la culture naissante de les grandes plaines du nord, est devenu un peuple parcoureur sans terre, exilé dans son propre pays et dépouillé de son acquis de naissance. Dans la Qu’Appelle ils se sont réunis à Lebret, à Katepwa, à St. Marthe de Rocanville, à St. Joseph, et à St. Lazarre. Ce sont les familles qui ne sont pas mentionnées dans les livres d’histoire d’année jubilée, ces gens de peau basanée vivant au bords des chemins et le long de la rivière, faisaient la chasse de tétras et de chevreuil à l’année, vendaient des cordes de bois, des piquets de clôtures, et des poneys sauvages, et envoyaient leurs enfants à l’école avec des sandwichs de viande de gaufres dans leurs boites à sandwichs.

Malgré qu’ils ont été exclus des délibérations de traités et de nos livres d’histoire locale, on se tourne vers les Métis pour nos légendes. La semblance de sens originale dans le nom de la vallée a survécu parce que les gens avec un mélange de sang indigène et européen ont adapté le nom et ont raconté de nouvelles histoires qui ont suffit. Au milieu de 260 milles de longueur dans la Vallée Qu’Appelle, il y a une chaîne de quatre lacs, souvent connus comme ”Les lacs qui appellent”- encore une autre référence à la nomenclature de Cris originale. Notre conte moderne de l’appel de la vallée est placé dans ces lacs et forme un rapprochement à-propos d’une tradition orale à la littérature, dans la personne de race-mêlée, Pauline Johnson, poête du début du vingtième siècle.

Nul ne peut nié que la “Légende de la Qu’Appelle” bien-aimée de Johnson (voyez le frontispice), est une ode victorienne sentimentale qui prend un restant légitime de la tradition orale et l’encadre de nouveau afin de plaire aux auditeurs modernes qui préfèrent avoir leurs indiens qui sont nobles, tragiques et si possible, en canoes. La légende de Johnson est devenue celle que nous répétons aux touristes, renforçant le cliché traditionnel indien et ainsi enterrant les histoires originelles de la vallée, celles d'écouter à la rivière. Quand même, si nous sommes honnêtes, nous devons admettre que la légende tente aussi nos désirs profonds d’un paysage qui garde ses histoires. Peu importe ce qu’on pense du poème de Johnson, nous sommes reconnaissant que cette seule pièce de tradition- tel qu’elle soit compromise par nos appropriations coloniales-a survécu l’attaque contre la modernité.

Et c’est ceci, finallement, ce que la Qu’Appelle est venue à représenter pour les gens qui se trouvent dans ce coin des grandes plaines du nord au début du troisième millénium: un paysage où survivent les premiers peuples, les premières écologies, et les premières histoires; une topographie de divertissement pour les yeux et pour l’esprit, imprimée sur une plaine qui fut grattée par les glaciers en premier, et ensuite par l’implantation et le commerce.

De même que tout le monde, je vais à la Qu’Appelle parce que ça me fait du bien d’y aller, ça me connecte avec ce que je désire faire. L’exile accomplit ça. Nous sommes nostalgiques pour le temps où nous parlions et écoutions aux vallées et aux rivières, alors nous allons aux endroits comme la Qu’Appelle pour faire contacte avec le peuple qui, anciennement, prenait abris et nourriture dans ses ravines et ses collines. Nous nous arrêtons près des cercles de tipi pour réfléchir à la vie des premiers habitants et leurs campements au bord de la vallée; on ressent la présence des deuxièmes venus, les Métis, aux creux de caves et aux cabanes renforcées de terre dans les ravines; et nous écoutons pour les fantômes aux fermes abandonnées, les ruines décolorées par le soleil représentant une courte étreinte qui a réuni le peuple de la vallée et les colons, les troisième à connaître son hospitalité.

Éloignés de ces anciennes modes de vies, nous, les descendants des trois cultures successives des prairies, vivons sur les réserves, sur des superficies de terre, et sur les fermes, dans les villages et les villes où le chauffage à gaz, la plomberie à l’intérieur, et la nourriture du supermarché nous a coupé le lien physique avec la vallée. Pour la plupart d’entres nous si nous allons à la Qu’Appelle pour prendre un chevreuil ou un poisson, cueillir des baies ou creuser pour des racines de navets de prairie de temps en temps, c’est plutôt un acte de souvenir que de survie. Cette plage, le chalet de grand-mère, ce ruisseau, une traverse à patins, cette ravine, un premier tétras. Nos endroits préférés, notre passé, et nos histoires jaillissent tous ensemble maintenant. Les anciens et les manières anciennes nous viennent à l’idée: une vallée rencontrée dans ses propres termes et un peuple qui a écouté à l’appel de la rivière.

 

 

Notes

 

  1. John W.R. McIntyre et C. Stuart Houston, “Smallpox and its Control in Canada,” Journal Association Médicale Canadien (Décembre 1999), 1543–1547.
  2. Daniel Williams Harmon, Sixteen Years in Indian Country (Toronto: MacMillan, 1957), 76.
  3. Henry Youle Hind, Histoire de l’expédition en 1857 de la Rivière Rouge et de l’expédition en 1858 de l’Assiniboine et de la Saskatchewan (Edmonton: Hurtig, 1971), 2:198.
  4. Rob Innes, non publié, Saskatchewan Indian Federated College, 1999.
  5. Cette histoire importante est trouvée dans un livre tel que celui de John S. Milloy, A National Crime: The Canadian Government and the Residential School System, 1879–1986 (Winnipeg: University of Manitoba Press, 1999).
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