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de deux Vallées
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La légende de la vallée Qu’Appelle

 

Traduction de l’original de E. Pauline Johnson
(Traduit par Carolyne Gareau de Recio)

 

Je l’aimais autant que j’aimais ma vie,
  Vue grandir et douce jeune dame devenir
D’en faire ma femme, privilège réussi
  J’ai vu le monde, à cause d’elle, me sourire
J’avais entendu la voix de l’esprit
  Le pionnier blanc aime parler de celle
Dont son histoire étrange le choix il fit
  De nommer cette belle vallée, la « Qu’Appelle »
 
Dans mon oreille avide elle a soufflé—
  « Quand l’été des Indiens sourit tristement,
Venez aux lacs, la première j’entendrai
  De ta rame trempée, son ton accueillant
Je serai premier à tenir ta main
  À souffler l’accueil tendre du littoral
À ton départ vers ton pays lointain
  Je te suivrai, à jamais conjugale.
 
Aucune feuille n’était tombée, aucune trace
  Du givre sur les plaines où je m’aventure
Si impatient de posséder cette face
  Elle est de toutes les femmes du Nord, reine pure.
Je me reposais ni soir ni matin
  Pour parcourir toute la nuit, tout le jour
Je rejoignis les Lacs, et, à la hâte,
  Je lançai mon canot sur leur milieu.
  
En oubliant la faim et le sommeil 
  Je parcourais très vite des corps d’eau grands
Mon cœur si chaud dépassait ma pagaie
  N’en pouvant plus des jours, d’être distant
Bougeait plus rapidement que la lame
  De la rame magique qui fendait les eaux,
Anxieux d’étaler l’amour pour cette femme
  De voir s’allumer en elle le flambeau.
 
Les longs jours se passèrent à dériver
  Semblait-il qu’à moitié j’interviendrai
Avant l’aube, lorsqu’enfin je murmurai—
  « Conquête de ma reine, demain je ferai! »
Au repos, à la dérive, je rêvai
  À toute la joie qui me reviendrait,—
Lorsque soudain du rivage ombragé
  J’ai entendu dire ce nom qui me plaît.
 
« Qui m’appelle ? » répondis-je ; pendant longtemps
  Je fis taire ma pagaie pour écouter.
Puis, à travers la chanson triste du vent
  J’entendis cette étrange voix claire parler—
Une voix de femme vînt du ciel étoilé
  Vers une âme naissante—chant non chanté.
 
J’écoutai—elle murmurait mon nom, oui
  Lui répondis-je en mon français charmant :
« Qu’appelle ?  Qu’appelle ? » Aucune réponse ;  la nuit
  Semblait tranquille, quand m’envahirent subitement
Les échos lointains, hauteurs éloignées—
  « Qu’appelle ? » C’était ma voix, « Qu’appelle ? Qu’appelle? »
Cela—puis rien; puis à voix élevée
  Je frissonnais, voyant la nuit sans zeste
Et comme un spectre pâle, froid, attristé,
  La lune se leva en silence à l’est.
 
Je n’ose pas trop tarder à ce moment
  Je mis mon canot à la porte du tipi ;
De femmes et d’hommes, j’entendais leur tourment—
  Feux de mort allumés sur la rive je vis.
On ne peut décrire cette torture, ce tort
  La rancune qui envahissait ma vie,—
Lorsqu’on m’emmena la revoir plus tard,
  Cette reine des femmes m’était promise sa vie.
De voir la beauté de sa jolie face,
  Des yeux doucement clos, une bouche qui dort ;
De voir, d’apprendre,—réaliser ma place
  Était usurpé d’un rival—la Mort.
 
Une tempête de peine ragea, se brisa
  Dans mon cœur, la vie éteint son espoir
À travers mon angoisse, m’avisant tout bas
  On dit « Deux fois elle t’appela hier soir ».
 
J’ai amorcé—sur ma défunte, penché
  Questionnant quand ses lèvres se sont scellées
« Elle t’appela—et s’éteint » m’ont-ils conté,
  « Juste à l’heure lorsque la lune s’est levée ».
 
Vers les lacs seuls, ne vogue plus mon canot
  Celle qui faisait leur beauté n’y est plus.
L’homme blanc monte son tipi au bord de l’eau
  Croyant ce val le plus beau jamais vu.
Il y a longtemps depuis, mais dit-on
  Les voyageurs racontent près du feu de camp
Que quand la lune paraît à l’horizon,
  D’étranges voix dans le silence on entend
L’homme blanc adore ces lacs hantés, on dit,
  Et vient de loin pour voir sa grande beauté 
Devant lui; mais le jour, à mon avis,
  La nuit, l’heure, les saisons sont toutes passées.
J’écoute le cœur gros, quand on nous rappelle
  Pourquoi l’homme blanc l’a nommé la « Qu’Appelle » 
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